mercredi 16 décembre 2009

Les derniers hommes libres

Par Maurice G. Dantec

La nature raisonnable a donc toujours le libre choix, puisqu’elle a toujours le pouvoir de garder la droiture de la volonté pour elle-même.

Saint Anselme de Cantorbéry, De Libertate Arbitrii (10-11)

Les États-Unis d’Europe comptent 26 Cantons

Il y a deux jours, un petit pays isolé au centre de l’Europe occidentale, connu et moqué pour être un vulgaire « coffre-fort », a démontré qu’il était une forteresse du monde libre, une citadelle de la civilisation chrétienne et européenne, un sanctuaire de nos souverainetés historiques menacées par les agences humanitaires/néocommunistes de la Gouvernance Globale, bref, tout ce que haïssent ou méprisent les valets de la social-démocratie bruxelloise, comme tous les pitres qui s’agitent avec leurs « alternatives néo-nationalistes ».

Pour le Jamaat-ud-Dawa, aile publique présumée du groupe armé islamiste pakistanais interdit Lashkar-e-Taïba (accusé par l’Inde d’avoir perpétré les attentats de Bombay), "cette nouvelle décision viole les principes de compréhension mutuelle et de tolérance religieuse".

On ne vantera jamais assez les talents comiques, souvent mal reconnus, des abrutis islamistes. Mais rien n’égale ceux de leurs esclaves nihilistes, égarés par troupeaux entiers au sein de nos « démocraties ».

Car pour Alain Bonnet de Soral et son comité « Égalisation-et-Réconcialité », le diagnostic est très exactement le même. Ainsi que pour les Indigènes de la République, les « nationaux-révolutionnaires » dhimmisés, Daniel Cohn-Bendit, Caroline Fourest, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélanchon, le Parti Communiste, la droite carlabruniste, François Bayrou, Edgar Morin, Bernard Kouchner, les Verts (dans tous les sens du terme), les altermondialistes, les Francs-Maçons trotskistes, le « Nouveau Centre », la « Nouvelle Droite » – autant dire la Très-Vieille-Gauche –, bref pour l’ensemble du champ politique français, à jamais circonscrit dans la mélasse laxative du jacobinisme.

Pourtant, c’est désormais toute l’Europe, la vraie, la seule, la nôtre, qui montre lumineusement la direction. De la Hollande au Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Autriche aux pays slaves, du Danemark à l’Italie, et désormais à la Suisse, la révolte des nations européennes prend l’allure d’une authentique guerre ouverte contre les institutions mortifères et liberticides du néo-communisme mondial et ses diverses succursales régionales.

Mais la France fait-elle partie de cette Europe ? En a-t-elle jamais fait partie ? Est-elle même prête à songer la rejoindre dans sa lutte pour sa survie civilisationnelle ?

Comme d’habitude, la République des Droits de l’Homme saura fort bien se dresser contre le Devoir d’être Libre, elle tentera d’abattre tous les autres peuples européens s’il le faut, afin de préserver ses intérêts financiers pétro-militaires arabiques, ses flux migratoires islamisés, et son asservissement à l’UE et à l’ONU.

La Suisse est donc le pays des derniers hommes libres. À tous égards, leur conception de la démocratie est bien plus proche de la notion d’un Nord-américain (d’origine européenne, faut-il le rappeler ?) que de celle d’un descendant des guillotineurs et des génocidaires de la République franc-maçonne. Authentique fédération « trinationale », la souveraineté populaire n’y est pas un vain mot, les entités territoriales y jouent un rôle décisif, analogue au Collège Électoral américain, et tout citoyen y est un soldat. Sans parler de sa liberté fiscale et de l’équivalent helvétique du second amendement qui singularise à jamais cette nation de toutes celles qui vivent sous la tutelle des agences de contrôle humanitaire de l’Union Européenne.

Elle est le pays des derniers hommes libres, on comprend mieux dès lors pourquoi cette nation d’esclaves qu’est la République Française a réagi avec un tel consensus à son initiative.

L’Hyperium des Nations Libres contre la GoGlob

Pendant que tous les tenanciers des bordels idéologiques de la République braillent à qui mieux mieux contre l’axe américano-sioniste, l’Histoire se fait, sous leurs yeux de larves myopes, sous leurs nez accommodés à leur propre pestilence, mais bien au-dessus de leurs anus féconds en théories politiques pour vers solitaires. Aux États-Unis et à Israël, il faut en effet ajouter les Cantons suisses qui ont voté contre l’invasion, une demi-douzaine de pays européens où la tension anti-islamique ne fait que s’intensifier chaque jour que Dieu fait, l’Inde, berceau de notre civilisation, la nation australienne, qui a déjà pris ses dispositions contre les adeptes de la sharia, tout comme le Canada, sans parler du peuple russe, qui ne s’en laisse pas conter et subit déjà les rétorsions des hérétiques de la Mecque, ou des « hérétiques » de ces derniers, en provenance de Téhéran.

La « France » de Dieudonné montre ainsi son véritable visage : une unanimité de fond, ontologique, définitive, et mortelle.

Cette nation de lopettes finira où elle se doit, là où les vrais Européens l’enterreront, sans fleurs ni couronnes, recouverte de ses propres cendres.

Cette Europe-Monde surgira de la destruction de ce qui se fait passer pour elle, ce simulacre onuzi dénommé Commission de Bruxelles et dont Paris est le principal bras séculier.

Elle recentrera le projet hégémonique et civilisateur que nous avons propagé depuis trois millénaires sans la moindre interruption, sinon celle des cinquante ou cent dernières années, converties à la panoplie intégrale des nihilismes, que la GoGlob se charge maintenant d’unifier à l’usage de toute l’humanité.

Zentropa : l’Europe historique enfin unie dans le respect de ses singularités et de sa différence. Westropa : l’axe trans-hémisphérique Amérique du Nord/Extrême-Occident austral. Ostropa : la Grande Russie orthodoxe, aux avant-postes depuis 10 siècles.

Cette Tri-Unité de la civilisation pan-européenne n’est rendue possible que par la guerre de cent ans qui vient de commencer. Elle n’est rendue possible que par la disjonction des civilisations (et non leur « choc », avis aux bouffons qui me prennent pour un thuriféraire de Huntington), j’oserais même dire qu’elle ne peut s’actualiser que parce que cette guerre apporte la démonstration qu’il n’y a qu’une seule civilisation à l’œuvre aujourd’hui, contre les pathologies mentales devenues « sociétés » ou « religions » et qui forment désormais la majorité démocratique de l’Assemblée Générale de la Gouvernance Globale.

Cette civilisation est née de la rencontre entre trois entités fondatrices : les nations celtes, la culture gréco-romaine, les confédérations germaniques.

Elle s’est ensuite divisée en trois branches distinctes du Christianisme, ce qui n’est un « hasard » que pour un républicain portant un nom à particule, mais c’est précisément de cette disjonction trinitaire que le projet de synthèse réunificatrice prend tout son sens. Cette guerre que les pousseurs de désert croient nous imposer est inscrite depuis longtemps dans le calendrier de l’Histoire.

Il faut prier, vraiment, pour que les Iraniens se dotent de leur bombinette atomique. Dès qu’ils la posséderont, ils comprendront ce que signifie faire partie du « club nucléaire » lorsque l’on dépend quasi-intégralement de ressources extérieures pour y parvenir.

Du jour au lendemain, des milliers d’ogives bien plus perfectionnées que les vôtres sont pointées sur votre pays, chacune de ses cités, la moindre de ses villes.

Et le temps que vous ayez à peu près atteint le niveau requis, la civilisation que vous vouliez menacer a déjà inventé l’arme d’après, celle qui renvoie tout votre uranium enrichi au niveau de la poudre noire.

Delenda Est U.N.O.

Nul besoin d’un « burst » solaire en 2012 pour venir détruire the world as we know it.

Nous allons fort bien nous en occuper nous-mêmes. Il est temps.

Il est temps, en effet, de refonder le projet civilisateur qui a guidé l’humanité pendant 3000 ans, et qui nous permet de concevoir la division irrémédiable qui est en train de s’opérer comme la plus grande chance de s’affranchir, au sens strict, de la dictature démocratique mondiale.

Désormais, la guerre pour la restauration de l’Homme Libre, c’est-à-dire historiquement souverain, va moins se livrer contre les adeptes de la Loi Coranique que contre les collaborateurs, et ils sont myriades, de cette entité post-nazie dénommée ONU.

Disons, pour être plus précis, que les deux batailles n’en forment qu’une seule, dès lors que l’on sait que la Conférence des Pays Islamiques et ses divers alliés tiers-mondistes, socialistes, « bolivaristes » et libéraux-démocrates, forment désormais un bloc majoritaire au sein de la GoGlob.

L’Hyperium des Nations Libres, cet anneau de souverainetés solidaires, n’émergera donc, comme toutes les civilisations fondatrices, qu’en tant que résultante d’un conflit nodal, désormais planétaire, voire extra-orbital, et où sa Constitution, organique comme écrite, ne pourra voir le jour qu’en tant qu’Acte de Séparation absolu avec l’État Supranational qui se met en place.

Le IVe Reich écolo-eugéniste/multiculturaliste/socialo-islamisé qui forme désormais l’Agence de Gestion du « Parc Humain » est le pire complot jamais ourdi contre l’homme au cours de toute son histoire, la plus ténébreuse obstruction à son devenir dont il ait eu à forcer le passage, lui et l’ensemble des formes de vie de cette planète. Les complices de ce totalitarisme démocratique sont des blocs de pays, des partis politiques officiels, des commissions des Droits de l’Homme, des juges, des dirigeants syndicaux, des organisations humanitaires « non gouvernementales », des institutions internationales, des « leaders d’opinion », des journalistes, des patrons de presse, des hommes d’affaires et des lobbyistes professionnels, de petits fonctionnaires d’État, de hauts administrateurs, des animateurs de télévision, des « artistes », comme aux bons vieux temps de toutes les collaborations.

Il est un outrage au Monde Créé. Il est l’entité démiurgique usurpatrice de ces crétins de gnostiques. Il est l’Ennemi.

Il doit être détruit.

By all means necessary.

Swiss slam

Par Christian Monnin

Ne vaticinez pas, vaticinent-ils,
qu’on ne vaticine pas ainsi !
Michée 2, 6

Les Suisses ont décidé que l’islamisation devait marquer un temps de minaret. Le 29 novembre 2009, ils ont entériné à 57,5 % l’inscription dans la constitution helvétique d’une interdiction de construire de nouveaux minarets. Le résultat « surprise » de la votation est un camouflet cinglant adressé aux élites du pays, qui avaient appelé à une mobilisation comparable à celle de 1939. Autant la campagne pré-référendaire a été peu ragoûtante, empilant amalgames sur raccourcis, autant la campagne post-référendaire est une campagne de vaticination à grande échelle, digne d’une pandémie de grippe ou plutôt de peste brune. Elle a donné lieu à un déculottage généralisé des bien-pensants. La « grande vidange collective des angoisses, des colères et des ressentiments » décriée par Le Temps aura éclaboussé tout le monde. Une configuration qui rappelle furieusement l’arrivée elle aussi « surprise » de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle française de 2002 et le référendum sur le projet de constitution européenne qui s’est tenu en France en 2004, avec son fameux plombier polonais (dont personne ne veut régulariser la situation, mais que tout le monde embauche…).

Au lendemain de la votation, intellectuels, hommes politiques et éditorialistes, tous ces gens bien intentionnés qui vivent d’amour et d’orfraie, ont laissé libre cours à leur dépit et à leur mépris, révélant enfin le fond de leur pensée. Ils digèrent très mal, en premier lieu, que les sondages aient menti, qui prédisaient un rejet de l’initiative à 53 %. L’instrument privilégié de contrôle des masses a été déjoué et ses principaux manipulateurs décèlent dans ce voile jeté sur les intentions de vote une stratégie fourbe ourdie pour des motifs inavouables. Ils refusent obstinément de comprendre ce que la psychologie sociale appelle la désirabilité sociale, c’est-à-dire que les gens répondent ce qu’on veut qu’ils disent : qui, hors de l’isoloir, ose dire qu’il n’est pas inconditionnellement en faveur d’une ouverture infinie ?

Après les admonestations donc, les remontrances, empreintes d’une condescendance qui montre l’ampleur du ressentiment jusque-là refoulé à grand-peine. « La peur et l’ignorance », titre l’éditorial du Temps le 30 novembre : « Les Suisses ont voté avec leurs tripes contre une disposition que leurs autorités et les élites politiques, économiques et religieuses leur demandaient à l’unisson de rejeter au nom de solides arguments rationnels. » Dès le lendemain, un autre éditorial enfonce le clou en fustigeant « l’excitation de passions primaires qui résident dans les individus ». Bref, il ne s’agirait là que d’une pendable patrie thérapie.

Dans le feu roulant quasi-planétaire de ces représailles, le sommet de l’ignominie a été atteint au Québec par l’éditorialiste du Devoir Serge Truffaut qui a fait à cette occasion la démonstration de son ouverture, en traitant la population suisse avec un dédain inouï. Pour ce misérable petit donneur de leçons, le vote du 29 novembre est une pure manifestation de racisme, qui exprime le « souhait de voir le musulman cantonné dans les bas-côtés de la société, (…) condamné à faire les travaux que les nationaux ne veulent plus faire depuis des lunes ». À sa décharge, pourtant débordante, reconnaissons que les Suisses ne veulent en effet plus construire de minarets, et ce depuis des croissants de lune. « Aujourd’hui, c’est le minaret, poursuit Serge Tout Faux, comme hier on interdisait que la hauteur de la synagogue dépasse celle de l’église et du temple. Quelle sera la prochaine mesure ? » « On veut – à défaut de pouvoir les expulser – les rayer symboliquement du pays », surenchérit quelques jours plus tard un de ses collègues. Pour ces experts de claques champions de l’amalgame c’est clair, les fours crématoires sont sur le point de se rallumer dans la plus ancienne démocratie du monde. Alors que, bon sang, le pays devrait ni plus ni moins se donner aux immigrants, à ces « gens qui se sont exilés en Suisse parce que les banques suisses financent la gabegie du monde ».

Après les remontrances sont vite venues les menaces. Dès le 1er décembre, rapporte complaisamment Le Temps, « la ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, change de ton : “ Chaque atteinte à la coexistence de différentes cultures et religions met aussi en danger notre sécurité ” (…). Ou formulé autrement: “ Si nous ne pouvons vivre ensemble harmonieusement, notre sécurité n’est plus garantie ” car “ la provocation risque d’appeler d’autres provocations, l’outrage d’attiser l’extrémisme ”. » Ne venez pas pleurnicher en cas d’attentat. Vous avez précipité les musulmans dans un saut à l’helvétique, ils vont vous revenir dans la figure avec une ceinture d’explosifs.

L’épouvantail d’un boycott économique a naturellement été agité. « Je crains les conséquences économiques », a lancé Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère fédérale en charge du département de Justice et Police, qui en oublie ses attributions pour parler d’économie. Et si les émirs reprenaient leurs sous ? Interrogé à ce sujet, un financier de Genève a répondu : « Je ne vois pas pourquoi la clientèle du Golfe retirerait ses avoirs de Suisse. Où mettraient-ils leurs fonds : à Dubaï ? » Alors que, précisément au même moment, le non renouvellement Dubaï se profile à l’horizon ? Faut pas charia ! C’est au sommet des banques que devraient être érigés des minarets… L’assez folklorique Oskar Freysinger, un des promoteurs de l’initiative, n’a pas tort lorsqu’il déclare au Figaro : « Alors il faudrait se coucher pour vivre en paix ? (…) Si les conséquences sont telles, c’est la preuve que ce que nous faisons pour nous défendre est légitime. »

Et puis, pour finir, le Shah est sorti du sac, la vraie valeur accordée à la démocratie par l’élite politique a fait irruption au grand jour. D’abord par la bouche oraculaire de Daniel Cohn-Bendit, toujours aux avant-postes et qui a encore lancé un pavé, cette fois dans la mare : « Une votation comme celle des minarets, qui cible une communauté en particulier, a-t-il déclaré au Temps, restera une tache noire sur la réputation de la Confédération. Pour l’effacer, les Suisses n’ont qu’une solution: se mobiliser et revoter. » Mais c’est bien sûr ! Il faut revoter, tout comme l’équipe de France devrait rejouer son match de qualification à la Coupe du monde, à cause de la main de Thierry Henry… Il faudra même rejouer autant de fois que nécessaire pour que sorte enfin le bon résultat, comme à la loterie, ou pour l’indépendance du Québec. Au besoin, on truquera les résultats : bel exemple du droit à loto-détermination des peuples. Le Petit Prince hadîth : puisque c’est ainsi, nous reviendrons lundi. Pour vous serrer la vis. Car la démocratie se distingue de la dictature en ceci que la population y est à la vote du pouvoir, qui la mène d’une main d’affaires : elle doit se contenter de vivoter docilement en ne faisant que du vague.

À Genève, le maire Rémy Pagani (du parti « À gauche toute ! ») a été, lui, d’une absolue clarté : il a appelé à l’annulation pure et simple de l’interdiction des minarets, estimant qu’il s’agit là de « la seule mesure acceptable ». Pendant ce temps, rapportait l’Agence France-Presse, « à Lausanne, les manifestants ont marché du parvis de la cathédrale à la mosquée en scandant “non à l’exclusion”, “non à la discrimination”, “pour une Suisse solidaire” ou encore “nous sommes tous des musulmans” »… Quel chariabia !

Je vis loin de mon pays natal depuis fort longtemps, mais je puis témoigner de la très grande surprise qui fut la mienne, lors de mon dernier séjour, devant l’agacement, voire l’exaspération, de plusieurs de mes meilleurs amis, peu suspects de sympathie pour les idées prônées par l’UDC, le parti populiste qui a lancé et soutenu l’initiative : problèmes de délinquance, instrumentalisation des programmes de sécurité sociale, affaissement de la qualité de l’éducation, attribué en premier lieu au nombre jugé excessif d’élèves d’autres cultures et d’autres langues, etc.

Le journal 24 Heures annonce dans son édition du 2 décembre 2009 que la gare d’Yverdon-les-Bains, ma ville d’origine, sera équipée en 2010 de neuf caméras de surveillance. Il y a 20 ans, lorsque j’allais quotidiennement y prendre le train pour me rendre à l’université de Lausanne, rares étaient ceux qui prenaient la peine d’y attacher leur vélo… Cette ville de 30 000 habitants est paraît-il devenue une plaque tournante du trafic de drogue. Ce n’est certes pas la Seine-Saint-Denis, mais la Suisse a bien changé.

Mon éloignement m’a préservé des relents les plus fétides de la campagne en faveur de l’interdiction pour me permettre d’en considérer l’issue avec un peu de calme. Peu importe qui a voté et pour quelles raisons car, comme dit Nicolás Gómez Dávila, « seul est intelligent celui qui ne craint pas d’être d’accord avec des sots ». C’est exactement ce qu’affirme au Temps Huseyin Enhas, Turc alevi (donc musulman) arrivé en Suisse en 1982 et naturalisé : « Comme la très grande majorité des Alevis, les minarets et les burqas m’indisposent. Je soutiens donc l’initiative. Comment je réagis quand on m’accuse de faire le lit des initiants qui en profitent pour faire des amalgames sur l’islam ? Je réponds: ce n’est pas parce que la pluie ramène la boue qu’il faut être contre la pluie. »

Sur le fond, les Suisses n’ont génocidé personne, n’en déplaise aux méditorialistes du Devoir, ils n’ont pas expulsé qui que ce soit, ils n’ont pas même limité la liberté religieuse des musulmans qui jouissent toujours du droit de prier dans des mosquées, le vendredi ou quand bon leur semble. Les bonnes âmes errantes devraient peut-être commencer par adresser les moulinets de leurs petits bras à des contrées où la liberté religieuse est réellement mise à mal, par exemple à tous les pays musulmans, l’« européenne » Turquie en tête, elle qui a poussé les plus hauts cris. Des urnes helvètes est seulement sorti un message fort, dont ses détracteurs outrés ont beau jeu d’affirmer qu’il ne répond à aucune menace réelle. Pensez-vous ! Il n’y a que quatre minarets en Suisse ! Au total, les musulmans sont environ 400 000, soit à peine plus de 5 % de la population. En outre, ce ne sont pas, pour la grande majorité, de méchants barbus, mais de paisibles moustachus, turcs et surtout kosovars (il en est arrivé près de 200 000 depuis 1990).

La première réaction des élites bien-pensantes est toujours de nier les fondements des inquiétudes de la population : « Vous ne devez pas avoir peur. Vous n’en avez pas le droit. » Au Québec, c’est ce que le petit prof Gérard Bouchard ne cessait de répéter sur tous les tons lors des audiences de la commission (comme dans « faire sa petite commission ») sur les « accommodements raisonnables » qui porte son nom. Or justement, la Suisse est loin d’être irréprochable, mais elle n’est visiblement pas encore dévastée par l’angélisme donneur de leçon qui aura (si ce n’est déjà fait) raison du Québec, arasé par ladite commission ou par l’inquisition de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. C’est également le sort kirpan au nez du Canada. La Suisse, elle, n’a pas attendu qu’affluent les demandes d’accotements raisonnables entre minarets et clochers pour tracer la ligne jaune.

Qu'est-ce que la liberté religieuse ?

Par Édouard Divry o.p.

Le Roi, comme on l’appelle en Suisse, a réagi par une initiative populaire et a bloqué le projet d’un droit permissif de construire des minarets dans ce pays. Était-ce pour des raisons esthétiques ou plus profondes ? Certains ont parlé, par rapport à ce succès, d’intolérance – par exemple Bernard Kouchner et Kamel Kebtane (1) !

Mais, à la base, la notion de tolérance qui permet de comprendre son contraire, l’intolérance, est mal comprise. Le tolérant est celui qui accepte un mal qu’il peut réfréner en vue d’un bien supérieur. Le minaret devient un mal plénier quand s’exerce la raison de sa finalité : le chant régulier du muezzin, cinq fois par jour au minimum (davantage au Moyen-Orient). Il ne faut pas être naïf : « Tout agent agit en fonction d’une fin » (saint Thomas d’Aquin). Un jour le minaret, demain le muezzin, après le Coran. La mosquée loin d’être comparable à une église ou une synagogue tend par nature à être un lieu politico-religieux. Dans cette revendication d’origine islamiste, il n’y a pas de bien supérieur à espérer, ni du point de vue de la vraie religion (cf. Vatican II, Dignitatis humanae, n°1, §2), ni du point de vue du bien commun forgé par des siècles de tradition judéo-chrétienne (culture et droit) laquelle ne peut accepter qu’on chante n’importe quoi publiquement, ce qui risque d’être possible du haut des minarets, à travers telle sourate comme celle déclarant l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, ou l’appel à la guerre sainte djihadique.

Les religions n’ont pas la même valeur aux yeux de la foi catholique. « [...] l’unique vraie religion subsiste dans l’Église catholique », enseigne Vatican II. À côté, existent des religions plus ou moins déficientes vis-à-vis de la vérité ou défectueuses vis-à-vis de la morale mais qui participent de cette religion unique, et sont orientées tendanciellement à celle-ci en raison des « éléments de vérité et de bonté » (cf. en analogie avec LG, n°8) que ces autres religions contiennent. Mais il existe aussi des sectes ou de fausses religions (sorcellerie, magie, ésotérisme, occultisme, etc.) qui ne peuvent jamais être mises sur le même plan que ces religions simplement déficientes. Au titre de commun dénominateur universel, il faut ajouter que tout homme est en situation défectueuse par rapport à la religion véritable en acte qu’il appartienne de corps à l’Église ou aux religions déficientes. Cette assertion fonde le devoir d’humilité de chacun dans les rencontres interreligieuses.

La liberté religieuse, en tant que droit-exigence, relevant des droits fondamentaux (les Droits de l’Homme étant intégrés à ceux-ci), est déjà pleinement respectée par les mosquées sans minaret (salles de prière, ou musalla ou jamat khana) qui offrent la possibilité aux musulmans de se réunir librement pour prier. La liberté religieuse consiste en fait à ne pas être contraint ou à ne pas être empêché, dans de justes limites (celles du bien commun), à pratiquer une religion (cf. Vatican II, DH, n°2). Même s’il faut en tenir compte, le bien commun n’est pas qu’esthétique, il intègre la culture et donc le culte du plus grand nombre.

Il convient donc de ne pas céder plus qu’il ne faut par une compassion sine veritate, par un droit permissif décalé par rapport à la vox populi, alors qu’on n’a pas commencé à mettre en œuvre le juste et sain principe de réciprocité : aux populations chrétiennes minoritaires qu’on accorde donc la construction d’églises (peut-être sans les clochers, ni les cloches là où cela nuirait aux habitudes ancestrales) en Arabie et ailleurs dans le monde musulman !

(1) « Il s’agit d’un vote d’intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion », a fait savoir dans un communiqué Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s’est pour sa part déclaré « un peu scandalisé » par le vote qui est selon lui « une expression d’intolérance ». « Je suis un peu scandalisé par cette décision » qui « est négative pour ce qui concerne les inquiétudes même des Suisses parce que si on ne peut pas construire de minarets cela veut dire qu’on opprime une religion », a déclaré le ministre sur RTL. « J’espère que les Suisses reviendront sur cette décision assez vite », a-t-il ajouté.