mercredi 16 décembre 2009

Qu'est-ce que la liberté religieuse ?

Par Édouard Divry o.p.

Le Roi, comme on l’appelle en Suisse, a réagi par une initiative populaire et a bloqué le projet d’un droit permissif de construire des minarets dans ce pays. Était-ce pour des raisons esthétiques ou plus profondes ? Certains ont parlé, par rapport à ce succès, d’intolérance – par exemple Bernard Kouchner et Kamel Kebtane (1) !

Mais, à la base, la notion de tolérance qui permet de comprendre son contraire, l’intolérance, est mal comprise. Le tolérant est celui qui accepte un mal qu’il peut réfréner en vue d’un bien supérieur. Le minaret devient un mal plénier quand s’exerce la raison de sa finalité : le chant régulier du muezzin, cinq fois par jour au minimum (davantage au Moyen-Orient). Il ne faut pas être naïf : « Tout agent agit en fonction d’une fin » (saint Thomas d’Aquin). Un jour le minaret, demain le muezzin, après le Coran. La mosquée loin d’être comparable à une église ou une synagogue tend par nature à être un lieu politico-religieux. Dans cette revendication d’origine islamiste, il n’y a pas de bien supérieur à espérer, ni du point de vue de la vraie religion (cf. Vatican II, Dignitatis humanae, n°1, §2), ni du point de vue du bien commun forgé par des siècles de tradition judéo-chrétienne (culture et droit) laquelle ne peut accepter qu’on chante n’importe quoi publiquement, ce qui risque d’être possible du haut des minarets, à travers telle sourate comme celle déclarant l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, ou l’appel à la guerre sainte djihadique.

Les religions n’ont pas la même valeur aux yeux de la foi catholique. « [...] l’unique vraie religion subsiste dans l’Église catholique », enseigne Vatican II. À côté, existent des religions plus ou moins déficientes vis-à-vis de la vérité ou défectueuses vis-à-vis de la morale mais qui participent de cette religion unique, et sont orientées tendanciellement à celle-ci en raison des « éléments de vérité et de bonté » (cf. en analogie avec LG, n°8) que ces autres religions contiennent. Mais il existe aussi des sectes ou de fausses religions (sorcellerie, magie, ésotérisme, occultisme, etc.) qui ne peuvent jamais être mises sur le même plan que ces religions simplement déficientes. Au titre de commun dénominateur universel, il faut ajouter que tout homme est en situation défectueuse par rapport à la religion véritable en acte qu’il appartienne de corps à l’Église ou aux religions déficientes. Cette assertion fonde le devoir d’humilité de chacun dans les rencontres interreligieuses.

La liberté religieuse, en tant que droit-exigence, relevant des droits fondamentaux (les Droits de l’Homme étant intégrés à ceux-ci), est déjà pleinement respectée par les mosquées sans minaret (salles de prière, ou musalla ou jamat khana) qui offrent la possibilité aux musulmans de se réunir librement pour prier. La liberté religieuse consiste en fait à ne pas être contraint ou à ne pas être empêché, dans de justes limites (celles du bien commun), à pratiquer une religion (cf. Vatican II, DH, n°2). Même s’il faut en tenir compte, le bien commun n’est pas qu’esthétique, il intègre la culture et donc le culte du plus grand nombre.

Il convient donc de ne pas céder plus qu’il ne faut par une compassion sine veritate, par un droit permissif décalé par rapport à la vox populi, alors qu’on n’a pas commencé à mettre en œuvre le juste et sain principe de réciprocité : aux populations chrétiennes minoritaires qu’on accorde donc la construction d’églises (peut-être sans les clochers, ni les cloches là où cela nuirait aux habitudes ancestrales) en Arabie et ailleurs dans le monde musulman !

(1) « Il s’agit d’un vote d’intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion », a fait savoir dans un communiqué Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s’est pour sa part déclaré « un peu scandalisé » par le vote qui est selon lui « une expression d’intolérance ». « Je suis un peu scandalisé par cette décision » qui « est négative pour ce qui concerne les inquiétudes même des Suisses parce que si on ne peut pas construire de minarets cela veut dire qu’on opprime une religion », a déclaré le ministre sur RTL. « J’espère que les Suisses reviendront sur cette décision assez vite », a-t-il ajouté.


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