mercredi 16 juin 2010

La désinformation marque la fin de la démocratie

Par Steve Ambler, Barry Babin, Pierre Balloffet, Richard Bastien, Germain Belzile, Jean-Charles Chebat, Ginette Dubé, Claude Dubois, Jean-Marie Gélinas, Michael Laughrea, Jacques Picard; membres du Groupe Vérité, paix et justice, groupe de réflexion voué à la défense des valeurs de la démocratie libérale et à la transparence de l'information.

La façon dont les faits reliés à la tragique aventure de la flottille dite « Free Gaza » ont été rapportés, nous rappelle la Pravda, icône de la presse stalinienne : cette flottille, affrétée par une organisation charitable (IHH), aurait transporté des pacifistes et des biens civils à la population affamée de Gaza. Elle aurait été attaquée illégalement dans les eaux internationales, ce qui serait contraire au droit maritime international. Ces affirmations médiatiques sont entièrement fausses et voici pourquoi :

1. Une organisation charitable, l’IHH ?
Le juge français Jean-Louis Bruguière, spécialiste de la lutte antiterroriste, a montré que l’IHH avait aidé al-Qaeda à Milan, en Bosnie, en Tchétchénie et en Afghanistan et dans « la tentative d'attentat visant l'aéroport de Los Angeles ». Le Danish Studies Institute soulignait pour sa part que le gouvernement turc avait découvert en décembre 1997 que l’IHH avait acheté des armes destinées à des organisations islamistes radicales. Pour le gouvernement de Chypre, l’IHH est une organisation terroriste et il lui refuse l’accostage de ses bateaux.

2. Des passagers pacifiques et pacifistes ?
a) Le journaliste arabe André Abu Khalil, de la chaîne Al-Jazira, a déclaré à Reuters que ces pacifistes ont saisi quatre marines israéliens et les ont blessés grièvement, lorsque ceux-ci envoyaient des balles de peinture.
b) Ces pacifistes chantaient : « ô Juifs, l’armée de Mohammed revient », évoquant le massacre de la dernière tribu juive d’Arabie par les troupes de Mahomet. On entendait aussi « Go back to Auschwitz » et « Don't forget 9/11 ».
c) L’IHH a recruté une cinquantaine de mercenaires parfaitement entraînés, lesquels devaient lyncher ou kidnapper les marines israéliens sur les bateaux.
d) Selon le quotidien officiel de l’autorité palestinienne, Al-Hayat al-Jadida, trois des quatre Turcs voulaient s’offrir en martyrs.
e) Bill Ayers et Bernadine Dohrn, cofondateurs du mouvement terroriste américain des Weathermen, responsable d’une série d’attentats dans les années 70, étaient du nombre des pacifistes.
f) Le samedi 5 Juin, le Rachel Corrie a débarqué ses marchandises destinées à Gaza dans le port israélien d’Ashdod. Sans violence. Comme quinze autres bateaux auparavant.

3. La population de Gaza affamée ?
a) Le journaliste danois de gauche, Steffen Jensen s’attendait à voir à Gaza de longues files d’attente de pauvres hères affamés; il y voit à la place des marchés pourvus de légumes frais, lait, œufs, volailles, etc. (voir les photographies de Jensen: http://www.steffen-jensen.dk/dan/blogartikler/134--mere-mangel-pa-arbejde-end-pa-mad/). L’essence ne manque pas non plus. Tout entre à Gaza après avoir passé les contrôles de sécurité.
b) Le lendemain des incidents, le Hamas a fermé ses portes aux camions qui apportaient aux Gazaouis les marchandises de ces bateaux.
c) La situation à Gaza contraste avec celle de la Cisjordanie gouvernée par le Fatah, singulièrement plus prospère; ce qui souligne la responsabilité du Hamas à Gaza.

4. Illégal, l’arraisonnement ?
Selon trois éminents juristes, les professeurs Alan Dershowitz de l’Université Harvard, Ed Morgan de l’Université de Toronto et Craig Scott de l’Université York, la légalité du blocus ne fait aucun doute, car depuis trois ans, 10 000 missiles ont été tirés depuis Gaza sur Israël.

5. La Turquie, innocente victime ?
a) Pour le politicologue turc Cengiz Aktar, le grand perdant politique de cette tragédie est la Turquie. Avant que le régime turc ne s’islamise, il se voulait un modèle de modernité pour les musulmans et collaborait étroitement avec les États de la région, dont Israël. La Turquie est depuis devenue le premier soutien du Hamas, et non pas du peuple palestinien, toujours selon Aktar.
b) L’islamisation radicale de la Turquie a conduit à des exactions dont ont été victimes les minorités juives et chrétiennes, la dernière en date étant l’évêque catholique, Mgr Padovese. Le négationnisme turc à l’égard du génocide arménien est aussi renforcé par l’islamisation. L’Union européenne ne saurait accueillir une Turquie compromise avec des organisations terroristes.

6. À qui profite la désinformation ?
L’affaire du Mavi Marmara permet de chauffer à blanc le nationalisme turc et de détourner l’attention du Kurdistan, qui menace de faire sécession. L’IHH visait non pas à aider Gaza, mais à embarrasser ceux des dirigeants turcs qui favorisent encore des liens forts avec l’Occident, de façon à islamiser le régime turc. Le reste est la littérature de gare qui nous tient lieu d’informations médiatiques.

vendredi 16 avril 2010

Défense et illustration de la sainte Église catholique

Par Jean Renaud


Ces dernières semaines, l’Église catholique et le pape Benoît XVI furent attaqués plus vivement que jamais. Il ne faut ni finesse ni perspicacité particulières pour deviner que cette offensive médiatique est empreinte d’hystérie et de déloyauté.

Mettons à part un certain degré de sottise qui n’est malheureusement pas exceptionnel au Québec. Il n’en reste pas moins qu’il faut supposer pour l’honneur de l’esprit humain que les scribes les plus bornés, les plus obtus, les plus naïfs, les plus fanatiques sont au moins capables de deviner que quelque chose cloche ; la vague intuition que les cas de pédophilie ne sont ici qu’un prétexte se glisse certainement dans l’esprit des moins doués des échotiers. Il est vrai que dans l’Église, surtout en cette période de grande noirceur que furent les années 1960 à 1980, la culture du secret préconciliaire combinée au libéralisme de l’après-concile a constitué un mélange pervers (c’est le cas de le dire), idéal pour ces abominables outrages à l’enfance. Aujourd’hui les affaires de pédophilie chez les catholiques ont beaucoup diminué et, en proportion, elles sont probablement moins nombreuses que dans la société civile en général. L’un de ceux ayant le plus fait pour réprimer ce mal ? Josef Ratzinger devenu Benoît XVI !

Comment expliquer alors l’acharnement des médias et d’une partie de la population ? Car on crache sur l’Église avec autant de délectation que de partialité. Jour après jour, s’ajoutant aux analyses asthmatiques et prévisibles de l’intelligentsia, des incultes et des sots hargneux appartenant à la pire lie intellectuelle et mentale noircissent sites et blogues de commentaires bilieux, vils, plats et redondants. Le goût d’avilir a toujours possédé les foules, et la populace a envahi depuis longtemps cette vaste agora ressentimentale que l’on nomme le Web.

Je n’emploierai pas le mot « complot ». Nul besoin de complot : un instinct très sûr, un flair quasi bestial envers une menace toujours présente, agissante, contrariante, a suffi pour créer cette espèce de cristallisation haineuse. L’Église ne constitue-t-elle pas l’obstacle par excellence au désir moderne d’abolition radicale de la loi naturelle au profit d’un moi et de ses caprices les plus inhumains? Ce que les papes enseignent à temps et à contretemps contredit les divers catéchismes de la modernité et leur évangile subjectiviste. Dans l’ébranlement général des coutumes et des mœurs, la sublime voix – forte, claire et pourtant si indulgente – de Benoît XVI transmet un enseignement plus nécessaire que jamais. Le catholicisme apparaît un peu comme la mauvaise conscience d’une humanité ayant cru bon de s’adorer elle-même. L’Internationale du vrai et du bien, l’arche de salut des sociétés, de toutes les sociétés – celles d’Amérique, d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Océanie –, est située à Rome et non à New York ou à Bruxelles. Voilà ce qui irrite naufrageurs, incendiaires et faux prophètes. Que de biens politiques, sociaux, moraux, métaphysiques, esthétiques, religieux protégés avec autant de douceur que de fermeté par l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine !

Ce n’est ni le premier assaut ni le dernier que subira l’Église. Et nous verrons certainement pire. Avec le prétendu affaiblissement de cette institution, certaines forces auront plus que jamais le sentiment que la voie est enfin libre. Et l’on appliquera des solutions radicales à la mystérieuse détresse des personnes et des communautés. Attendons-nous à une offensive sans précédent de l’esprit révolutionnaire sous toutes ses formes. Parmi les configurations insolites d’un futur proche, prédisons que des conservateurs dégoûtés du libéralisme et désespérés d’un christianisme (selon eux) déliquescent se tourneront vers l’islam. Seule une spiritualité vivante rend sobre et nous sauve de l’hybris, de la démesure. Rome se tient au centre, dans un parfait équilibre, au faîte des choses humaines. Ce qui se détache d’elle s’assèche ou pourrit. Ce qui s’en sépare aboutit inévitablement à la dissolution libérale ou à l’abrutissement musulman, et finalement à ces pathologies de l’espérance exacerbée par le nihilisme. La politique sans le frein d’une autorité spirituelle indépendante se métamorphose inévitablement en religion immanente. Et toute religion politique est eschatologique. Elle exige du monde ce que le monde ne saurait donner et qu’il est condamné à contrefaire.

Je parle ici en politique et en moraliste, c’est-à-dire en impuissant. S’il est sot quoiqu’habituel de nier l’utilité sociale de la religion catholique, je n’oublie pas que la mission de l’Église n’est pas de sauver le Québec ou l’Occident ni d’apporter la prospérité aux nations. Sa véritable grandeur ne résulte nullement de dividendes politiques, aussi précieux soient-ils. Les bienfaits de ce genre ne sont que les scories d’un legs ininterrompu, proprement divin, et tous les avantages sociaux du catholicisme s’estompent devant la Vérité suprême dont il est le dépositaire. Cette grande puissance morale est avant tout rénovatrice. Et l’Église, bien qu’elle renferme des pécheurs, et souvent de grands pécheurs (« Le trésor divin est porté dans des vases d’argile », dit saint Paul), demeure sainte et sanctifiante, tout simplement parce qu’elle se rattache au Christ crucifié et ressuscité : L'Église, c’est Jésus-Christ continué, répandu et communiqué. « Elle est une, ma colombe et mon immaculée », chante le Cantique des Cantiques, « glorieuse au-dedans, écrit Newman, dans ce sanctuaire intérieur que lui font les cœurs fidèles qu’habite l’Esprit de grâce. »

Je suis loin d’être un exemple et mon témoignage ne vaut que parce qu’il est celui d’un homme ordinaire. À cinquante-trois ans, j’ai vu des amis, des camarades succomber au scepticisme, au désenchantement, au désespoir. Je n’étais pas meilleur qu’eux, loin de là, mais j’ai eu la chance de pouvoir me « cramponner » à une fidélité, à une confiance, à un sentiment très ferme et très stable de la valeur de l’existence. Et cela je le dois à la résurrection du Christ, à l’Esprit-Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle, c’est-à-dire à ce lien vivant avec ce qu’enseigne l’admirable Credo catholique transmis par le Concile de Nicée.

Je me rappelle avoir beaucoup douté et avoir été tenté par le nihilisme. Durant la dernière guerre, André Malraux a interrogé un prêtre appartenant à la Résistance contre le nazisme sur ce qu’il avait appris des hommes à force d’entendre les confessions de toutes sortes de gens (souvent extrêmement courageux). Et lui de répondre : « Il n’y a pas de grandes personnes ». Par ces mots, il voulait dire, je suppose, que même les êtres apparemment forts étaient, lorsqu’on va au-delà des apparences, pleins de doutes et d’incertitudes, que les uns et les autres avaient dû subir des vexations et des offenses. Quand on descend au fond de son cœur, on sent bien comme on est fragile, on constate que nos craintes d’enfant nous possèdent encore et on est bien obligé de reconnaître (à moins de s’illusionner soi-même) que seul on ne peut pas grand chose, qu’on a besoin de s’appuyer sur quelqu’un, et sur quelqu’un de plus solide et de plus stable que soi. Notre sensibilité, pour être davantage qu’un trouble sans suite et sans constance, réclame une étoile directrice au-dessus d’elle-même. Ceux qui prient ne s’effondrent jamais complètement, justement parce qu’ils sont guidés et soutenus par cette étoile spirituelle : Notre Père, qui êtes aux cieux !

Nous portons tous au fond de notre être plusieurs blessures, les nôtres et celles de nos parents, de nos ancêtres, de nos compatriotes. Avec l’âge, la vieille doctrine du péché originel (que l’on enseigne assez peu de nos jours, même dans les cours d’éthique et de culture religieuse) nous étonne de moins en moins. On constate combien les souffrances et les maux se transmettent de génération en génération, s’accrochent à nous, s’incrustent et nous enveloppent d’un tartre dégoûtant que toute la bonne volonté du monde ne saurait nettoyer. La vie de la plupart des hommes ressemble assez à une interminable fuite : escapades, faux-fuyants, combines et stratagèmes pour s’éloigner loin de leur mal, de ce mal qu’ils ne sauraient semer, qui les suit à la trace, plus fidèle qu’une ombre. Et cette fuite est facile à expliquer. Personne ne veut souffrir, nul ne désire demeurer dans la tristesse. Aussi, lorsque cette sensation d’abattement, d’affliction ou d’amertume réussit, après avoir pénétré notre sensibilité, à s’établir dans les zones les plus secrètes de notre pauvre cœur, nous devons, pour la fuir (et qui ne le souhaiterait ?), nous détourner de ce que nous sommes. Alors l’âme, attristée et dévastée, n’étant plus un habitat valable, se cache, se trompe elle-même. Jeu étrange et incongru propre à entraîner de consternantes, de singulières métamorphoses. De là tant d’expériences extrêmes et malheureuses par lesquelles l’âme humaine risque le naufrage. J’aurais succombé sans le Christ et son Église à cette tentation, à ce bizarre désir de ne plus être soi, qui va jusqu’à ne plus vouloir exister. Malheur à celui qui renie les mystères joyeux de la paternité, de la naissance, de l’héritage !

Qu’il est ardu, privé du soutien de la foi chrétienne, de réagir sans tricher, mentir ou dissimuler à ces maladies souterraines qui, lentement et furtivement, nous dévorent tel un cancer ! Quand je redis le Credo catholique, il me semble retrouver à chaque fois non seulement un ciel, mais une Terre, cette Terre qu’à cause de notre tristesse ou de notre désespérance, nous avons désappris à aimer. « Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre. » La Terre, la vie, la nature nous ont été offertes, sans que nous les méritions, par Dieu. Et si le Christ « a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort », puis « le troisième jour est ressuscité des morts », c’est pour que nous et toutes les choses qui nous entourent, c’est-à-dire la totalité de la création, soient restaurés.

Le Christ peut nous guérir de nos maux, parce qu’il est vérité, vérité d’abord douloureuse (il faut porter sa croix), puis libératrice. Mais cette vérité sans pareille se confond avec l’amour. La grâce de Dieu nous aide à supporter les véritables noms des choses (et en premier lieu le nôtre), parce qu’elle restitue en nous l’amour qui les éclaire et les justifie. Sans amour, le vrai et le faux, le bien et le mal, la logique et la folie, l’ordre et le chaos, l’être et le néant se valent et s’égalent. Avec l’amour, cet amour qui vient du Christ et qui, plus encore, est le Christ, l’univers nous est redonné. Les choses, pour retrouver un nom, doivent nous devenir précieuses. Nous ne saurons les nommer à nouveau que lorsque nous aurons appris à les aimer. Un grand poète disait un jour : « Hélas! nous savons encore à peine aimer, et nous voudrions penser juste. »

J’ose affirmer (même si cela apparaîtra comme un paradoxe) que la foi sauvegarde notre « sens critique », je veux dire la capacité de résister aux slogans, aux modes, aux idées régnantes, à la fâcheuse tendance qu’a notre époque de se croire la meilleure et la seule digne de mention depuis cinq mille ans. Pour ma part, si j’ai acquis la capacité de conserver du recul face à ce que professent l’État, les journaux, les écoles, si je prends la peine d’examiner ce qui est proposé et souvent imposé par « la société » ou les médias, et si j’ose rejeter fermement ce qui ne correspond en rien à mes convictions, j’en rends grâce à ma foi. Je suis aussi tributaire envers elle d’une assurance intérieure, qui ne m’est pas du tout naturelle : elle a fortifié en moi l’espérance qu’à la fin, à la toute fin, tout s’arrangera et que chacun de nous est appelé à un grand bonheur.

Dans la journée du Samedi saint, je me suis confessé à un vieux prêtre. Avant l’absolution, qui est le pardon du Christ en personne – le prêtre a reçu cet incroyable pouvoir ! –, ce bon père m’a demandé quel était à mon avis mon principal progrès spirituel. J’ai trouvé la question difficile. Me suis-je vraiment amélioré, suis-je devenu meilleur ? J’en doute. Pourtant, après avoir hésité, j’ai osé répondre ceci : En moi, le goût de la vérité n’a cessé de croître.

Hors de l’Église, point de salut intellectuel. La foi catholique restaure l’intelligence assez large et libérale pour se laisser éclairer par elle. Cela ne signifie pas que les catholiques « pratiquants » ne soient toujours très libres, ni très aimables, ni très intelligents. La foi chez certains ressemble à une sorte de castration intellectuelle et morale, à une façon de s’enfermer et de refuser la vie et ses risques. Mais ce défaut accidentel quoique commun ne modifie en rien le fond des choses. Il n’est pas surprenant que les mystères de notre religion ne s’expliquent guère, puisqu’ils expliquent tout le reste. La raison, libérée des basses évidences et des vaines apories d’un rationalisme myope et primaire, est déniaisée, renforcée et fécondée par les lumières de la foi. Il lui est ainsi permis d’accueillir, d’héberger, de concilier et de hiérarchiser des vérités à première vue contradictoires. Ces accords ne se réalisent pas toujours aisément. La grande synthèse catholique romaine unit tant de voix diverses, et avec une telle ampleur, qu’elle dépasse en sa richesse polyphonique l’intelligence individuelle la plus déliée, toujours incapable de la contenir en entier. La vérité totale, pleinement catholique, s’enracine dans l’invisible, parce qu’elle en provient. Si l’enfer ne peut prévaloir contre l’Église du Christ, comment Radio-Canada ou le New York Times le pourraient-ils ?

dimanche 11 avril 2010

Lutte contre l’islamisme, lutte contre «tous les intégrismes » : même combat ?

Par Jean-Philippe Martini


Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde

Albert Camus


La lutte contre l’islamisme est un combat difficile. Pour la mener correctement, il convient d’abord de bien comprendre la nature du phénomène. Cela nous permet en particulier d’éviter des amalgames et des raccourcis souvent faciles et de ne pas nous tromper de cible.

L’islamisme constitue une idéologie politique totalitaire, toujours en déploiement, qui instrumentalise à la fois le religieux (en l’occurrence l’islam), et les luttes sociales et nationales, lesquelles trouvent un écho généralement favorable aussi bien dans les milieux « anti-impérialistes » et tiers-mondistes que dans les mouvances antisionistes, antisémites et anti-occidentales.

Dans la préface du livre de M. Matthias Kuntzel intitulé : Jihad et haine des juifs, le lien troublant entre l’islamisme et nazisme à la racine du terrorisme international (2009), le politologue français Pierre-André Taguieff ne cache pas son agacement devant le fait que la menace islamiste contre nos sociétés démocratiques n’ait jamais été « pleinement reconnue comme telle par les intellectuels et les faiseurs d’opinion ». Surtout en France !

Pierre-André Taguieff pense que « l’islamisme radical a été dilué par certains essayistes dans “l’extrémisme” ou “les intégrismes”, grosses catégories d’amalgame qui donnent l’illusion aux journalistes et aux acteurs politiques pressés de connaître et de comprendre leur époque, voire de le penser. Cette dilution idéologique a eu et n’a cessé d’avoir des conséquences désastreuses : elle revient à mettre sur le même plan les “intégristes” chrétiens, juifs et musulmans, donc à masquer la forte spécificité négative de l’islam politique, à savoir la centralité théorique et pratique du jihad. C’est là plonger les esprits, pour parler comme Hegel, dans la “nuit où toutes les vaches sont noires”. Les disciples de Mgr Lefebvre apparaissent, dans la vulgate “anti-intégriste”, comme aussi dangereux que les compagnons d’Oussama Ben Laden. Ce qui revient à diffuser une image aussi fausse que trompeuse d’un réseau islamo-terroriste tel qu’Al-Qaida » (op. cit., p.13).

Foi et politique : dérive

Ce type de discours mène à de graves confusions. Dans la lutte contre l’islamisme (où, c’est un fait, divers groupes sont en concurrence), la journaliste française Caroline Fourest récidive malheureusement avec les mêmes errements doctrinaux (et sémantiques), en pratiquant cet amalgame grossier, celui d’une lutte diffuse contre « tous les intégrismes religieux », ce qui englobe des réalités fort différentes, Cela l’empêche de cerner précisément l’ennemi qu’elle vise à combattre. Pour elle, un catholique pratiquant fidèle à l’Église catholique et politiquement conservateur est nécessairement un « intégriste dangereux ». Avec une posture aussi contre-productive, sinon infantile, «l’intégrisme» n’est plus un concept susceptible d’analyse, mais un terme purement polémique pour discréditer un adversaire que l’on n’aime pas. Les notions mêmes de conservatisme, de traditionalisme et bien sûr d’intégrisme sont en train d’être trafiquées et de se retourner contre ceux qui veulent comprendre une réalité complexe, multiforme et instable. Une volonté d’apaisement face à l’islamisme existe toujours dans les consciences de nombre de nos contemporains (à gauche comme à droite de l’échiquier politique). Il importe que ceux pour qui la « cause » anti-islamiste est chère ne pratiquent pas la confusion des genres.

Au Québec, on n’échappe guère à ce type d’amalgame. Dans sa polémique contre l’islamisme, Richard Martineau, un journaliste chroniqueur, met sur le même pied l’islamiste chic Tariq Ramadan et… le Pape Benoît XVI (voir son blogue du 22 février 2010) ! Difficile de ne pas y voir une profonde myopie intellectuelle. Cette lutte contre « tous les intégrismes » ressemble à s’y méprendre à ce « néo-antifascisme » démagogique qui fut celui d’un Parti communiste français s’opposant au « fasciste » Charles de Gaulle.

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Est-ce que tous ceux qui vivent ou expriment publiquement leur foi sont des «intégristes» ? Qui va tracer la ligne sur cette question ? Le gouvernement ? Les experts ? Radio-Canada ? Daniel Baril du Mouvement Laïque Québécois ? Même l’abbé Raymond Gravel discerne le danger. La lutte « anti-intégriste » de type laïciste se transforme sournoisement en rhétorique anti-religieuse. Est-ce que les islamistes, les hassidiques, les amishs (!), et les chrétiens plutôt conservateurs représentent une « même menace » à la sécurité du Canada et du Québec ? Il est clair que non. Alors pourquoi cette équivalence ? Selon quel critère au juste une position (ou même un comportement) est jugée «intégriste» ? Quel « clergé » détermine cela ! À force de brouiller les étiquettes, on fait le lit de ceux que l’on veut réellement combattre. Du pain béni pour les islamistes.

Pensez la Terreur islamiste

Le rejet radical de l’Église au moment de la Révolution tranquille a ouvert une boîte de Pandore qui risque de nuire à la défense de ce que nous sommes : une société occidentale aux racines judéo-chrétiennes. Les organisations islamistes au Canada et au Québec profiteront de la fragilisation de l’identité religieuse de la communauté francophone du Québec. La coalition plus ou moins formelle contre « tous les intégrismes » est une arme inefficace contre des organisations islamistes qui ont tout intérêt à ce que la militante anti-islamiste Djemila Benhabib dénonce « tous les intégrismes » et s’en prenne aux représentants de l’Église catholique au Québec. Sa position rejoint d’ailleurs celle de Françoise David de Québec Solidaire. Malheureuse diversion qui gomme la spécificité du totalitarisme politique du XXIe siècle : l’islamisme. La haine de soi est la pire des politiques. Tant pour une nation que pour une civilisation.

Le Frère Tariq Ramadan

Dans son livre intitulé Prêcheurs de haine, traversée de la judéophobie planétaire (2004), Taguieff consacre un chapitre intéressant à l’islamiste Tariq Ramadan. Attardons-nous un peu à son cas, car le Québec a souvent accueilli ce théoricien des Frères musulmans.

Selon Taguieff, Ramadan, « loin d’avoir pris ses distances vis-à-vis de l’héritage idéologico-politique de son grand-père (fidèlement transmis par son propre père, Saïd Ramadan), lui a consacré une grande partie de son livre paru en 1998 Aux sources du renouveau musulman* où il présente de façon trompeuse la doctrine anti-moderne, anti-occidentale et fondamentaliste de Hassan al-Banna comme l’une des expressions du “réformisme islamique” » ! Dans la préface de ce livre, le militant marxisant Alain Gresh écrit que « Tariq Ramadan n’est pas seulement le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, mais il en revendique hautement l’héritage doctrinal et spirituel ».

Fait aussi très intéressant, son ancien professeur et directeur de thèse M Charles Genequand (titulaire de la chaire arabe à l’Université de Genève) démasque ouvertement l’imposture de Tariq Ramadan qui cherche avant tout à promouvoir activement le « réformisme » d’Hassan al-Banna :

« Tariq Ramadan fait du “copier-coller”. […] Je le considère comme un opportuniste vaniteux qui cherche à se faire passer pour le chef spirituel de l’islam européen. Ses idées ? Une vision étriquée et assez rétrograde de l’islam, pour tout dire. (…) M. Ramadan s’est moqué de moi. En 1993, il a commencé un travail de thèse qui devait porter, disait-il sur la pensée réformiste de l’islam depuis le 19e siècle. En 1997, ne tenant pas à cautionner un écrit purement idéologique, dénué de tout aspect scientifique, j’ai démissionné de mon poste de directeur de thèse. Deux autres membres du jury se sont retirés, comme moi. M. Ramadan a fini par l’avoir, sa thèse. […] Mais, fait rarissime, elle n’a pas obtenu la mention “très honorable” du jury. Ce que voulait M. Ramadan, c’était un titre universitaire, et vite ».

Pour retourner la situation en sa faveur, Tariq Ramadan réunit alors rapidement un second jury pour valider son diplôme. Il a pu par la suite publier en toute quiétude sa thèse à la gloire du « réformiste » Hassan al-Banna des Frères musulmans, gracieuseté de son nouveau jury : Philippe Borgeaud, Président du jury, Bruno Étienne, Reinhard Schulze, Richard Friedli, Sylvia Naef.

***

Sur le conflit israélo-palestinien, Tariq Ramadan éructe une circonvolution aussi alambiquée qu’inquiétante : « […] j’ai assez répété que j’étais un homme de dialogue, contre toute violence, sauf en Palestine » (Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, traversée de la judéophobie planétaire, Mille et une nuits, 2004, p. 922).

Antoine Sfeir, journaliste et directeur des Cahiers de l’Orient en France, se préoccupe également de la façon dont on traite la venue de Tariq Ramadan dans la sphère intellectuelle et médiatique. Dans son plus récent ouvrage Dictionnaire géopolitique de l’islamisme, les différents courants, les personnalités, les racines culturelles, religieuses et politiques (2009), Sfeir décrit avec intelligence toutes les sensibilités idéologiques de l’islamisme dans le monde sans oublier de mentionner spécialement Présence musulmane de France qui inclut notamment une branche montréalaise. Selon Sfeir, Présence musulmane de Montréal est un « centre de réflexion » qui représente une des ramifications du militantisme islamiste (Dictionnaire géopolitique…, p. 384). Comme important partenaire de PMM, on retrouve au Québec le Centre Justice et Foi, véritable pépinière de contestation gauchiste au sein du catholicisme québécois. Une figure historique du syndicalisme d’ici, Lorraine Pagé, fait partie du conseil d’administration de ce Centre. Est-ce que Madame Pagé cautionne l’alliance tactique du Centre Justice et Foi avec Présence musulmane de Montréal ?


Manque de jugement
Les positions prises par des intellectuels comme Patrice Brodeur et Gregory Baum sont symptomatiques de la faillite morale d’une certaine intelligentsia progressiste qui atténue et dénature la virulence résolument passionnelle d’un théoricien radical comme Tariq Ramadan. Je laisse le professeur émérite à l’Université McGill Gregory Baum, théologien de haute voltige, parler lui-même de son ami Tariq qui est venu en novembre dernier à Montréal: « J’ai étudié la pensée de Tariq Ramadan, j’ai lu tous ses livres et je viens de publier le livre The Theology of Tariq Ramadan: A Catholic Perspective (Novalis, 2009), dont la traduction française est préparée par Fides. Tariq Ramadan présente une interprétation de l’islam qui est orthodoxe et humaniste, fidèle à la tradition et ouverte à la modernité, appuyant démocratie, pluralisme et droits de la personne. Je suis malheureux qu’un grand penseur religieux soit attaqué publiquement de façon si mensongère » (Le Devoir, vendredi, 6 novembre 2009, p. a8). Ce théologien, s’il n’a pas perdu l’esprit, a perdu le sens du réel. Cette ratiocination universitaire, cette impolitique, cette fixation et cette fascination pour la « théologie de la libération » (présentement en déroute) le laissent orphelin d’une contestation qu’il croit retrouver dans la tonalité virile de Ramadan alors que la grille d’analyse de la « théologie de la libération » ne s’inscrit guère dans la vision de Tariq Ramadan. Les Frères musulmans (et leurs organisations satellites) sont malheureusement perçus par nombre de catholiques de gauche comme un « mouvement de libération ». Seule la mouvance islamo-gauchiste permet cette fausse interprétation. J’ai bien peur que M. Baum en fasse partie. Certains catholiques de gauche discernent le danger d’une telle dérive. Mais les petites factions « subversives » en marge de l’Église catholique (au Québec comme ailleurs) nourrissent un islamisme protéiforme. Mauvaise théologie aux conséquences politiques catastrophiques.

De son côté, Patrice Brodeur, professeur agrégé et titulaire de la Chaire du Canada Islam, pluralisme et globalisation à l’Université de Montréal, a déjà affirmé candidement à une journaliste de La Presse que Tariq Ramadan «conjugue islam et modernité », le comparant à un « catholique romain pré-Vatican II, qui essaie de se positionner face à la modernité » (Judith Lachapelle, La Presse, vendredi, 6 novembre 2009, p. A19). En plein déni de réalité, notre professeur essaie de courtiser les catholiques de gauche tentés par cette fausse alliance contre-nature. Notre aveuglement volontaire devant l’enseignement du théoricien islamiste Tariq Ramadan étonnera la postérité. Comment expliquer cette position de Patrice Brodeur ? Je ne suppose chez lui aucune visée occulte ou subversive, mais simplement une profonde paresse intellectuelle, une naïveté et une grande faiblesse d’esprit. Méditons «l’expérience soviétique», et la complicité des idiots utiles et autres compagnons de route du communisme pour ne pas répéter les mêmes erreurs avec l’islamisme contemporain.

* Tariq Ramadan, Aux sources du renouveau musulman . D’al-Afghani à Hassan al-Banna, un siècle de réformisme islamique, Lyon, Tawhid, 2002, 1ère éd. Bayard, 1998.

mardi 26 janvier 2010

The Government Declares War on a ‘homophobic’ and ‘heterosexist’ populace

By Douglas Farrow
Professor of Christian Thought
McGill University

Notre collaborateur Douglas Farrow commente brillamment le document intitulé « Ensemble vers l’égalité sociale : Politique québécoise contre l’homophobie », publié par le gouvernement du Québec en décembre 2009. Ce texte officiel est évidemment consternant. Il constitue un bel exemple de cette espèce d’inversion du bien imaginée, conçue, imposée par une classe de pseudo-experts dont le discours prévisible, indigent, monotone est surtout négateur de ce que Le Play nommait la constitution essentielle de l’humanité, une constitution non écrite qui inclut, cela va de soi, « l’affirmation de l’hétérosexualité comme norme sociale », pourtant qualifiée par nos savants technocrates d’hétérosexisme. Au premier abord, un État qui succombe à une pareille crise d’antiphysie et professe une doctrine aussi absurde n’a plus droit, je ne dis pas à notre respect, mais à une quelconque forme d’obéissance, même froide et distante. La seule hypothèse honorable qui épargnerait de la parfaite ignominie morale les deux complaisants préfaciers de ce morne pensum que sont le premier ministre Jean Charest et sa ministre de la Justice est l’imbécillité. Heureusement – et voilà une sorte de consolation –, ils ont probablement cette excuse et les deux misérables parlementaires qui ont salué ce document hystérique, puéril, pompier, aberrant, involontairement comique, et comme issu de l’accouplement prolixe en sentences saugrenues d’un Bouvard et d’un Pécuchet invertis, ignorent certainement la portée d’un tel agrément de leur part. Indignes, sans doute, des hautes fonctions qu’ils occupent, n’oublions pas qu’ils les trahissent le plus inconsciemment du monde et nommons leur erreur sottise plutôt qu’idéologie. Ces gens-là, loin d’être des radicaux, ne méritent guère le nom de complices, puisque ce sont d’abord et avant tout des idiots utiles. C’est pourquoi il faut leur pardonner : ils ne savent pas ce qu’ils font, ni ce qu’ils disent, ni d’ailleurs ce qu’ils lisent. On peut parier qu’ils ont parcouru d’un œil distrait ce que leurs fonctionnaires ont écrit pour eux dans ce style bigot, appliqué, terne et indéfiniment imitable qui est le fruit typique de la diplomation et de l’inculture modernes. Retenons comme unique exemple de cette prose à la fois fade et inintelligible, qui ne ressemble à rien de ferme ou de vivant, cette phrase asthmatique de notre ministre de la Justice : «L’enjeu est primordial, puisqu’il s’agit du droit de toute personne de s’épanouir et de participer pleinement à toutes les dimensions de la vie en société, peu importe son orientation ou son identité sexuelle.» Je me répète avec enchantement depuis plusieurs jours ce verset prophétique, soporifique et verbeux d’un évangile subjectiviste proclamé par des apôtres aussi sentimentaux que tyranniques. Le quasi-silence qui a entouré l’annonce de cette politique au service de l’idéologie homosexuelle illustre combien la primauté de l’affectif sur le bien commun que notre ministre de la Justice considère comme une bonne nouvelle est de moins en moins remise en question chez nous : l’indifférence des uns, la stupidité des autres, la pusillanimité de tous soulignent le délabrement d’une société civile incapable de répondre par le rire, la raison, l’invective à ce qui veut la détruire. Bonne lecture (cliquer ici pour télécharger l'article de Douglas Farrow)!

Jean Renaud

mercredi 16 décembre 2009

Les derniers hommes libres

Par Maurice G. Dantec

La nature raisonnable a donc toujours le libre choix, puisqu’elle a toujours le pouvoir de garder la droiture de la volonté pour elle-même.

Saint Anselme de Cantorbéry, De Libertate Arbitrii (10-11)

Les États-Unis d’Europe comptent 26 Cantons

Il y a deux jours, un petit pays isolé au centre de l’Europe occidentale, connu et moqué pour être un vulgaire « coffre-fort », a démontré qu’il était une forteresse du monde libre, une citadelle de la civilisation chrétienne et européenne, un sanctuaire de nos souverainetés historiques menacées par les agences humanitaires/néocommunistes de la Gouvernance Globale, bref, tout ce que haïssent ou méprisent les valets de la social-démocratie bruxelloise, comme tous les pitres qui s’agitent avec leurs « alternatives néo-nationalistes ».

Pour le Jamaat-ud-Dawa, aile publique présumée du groupe armé islamiste pakistanais interdit Lashkar-e-Taïba (accusé par l’Inde d’avoir perpétré les attentats de Bombay), "cette nouvelle décision viole les principes de compréhension mutuelle et de tolérance religieuse".

On ne vantera jamais assez les talents comiques, souvent mal reconnus, des abrutis islamistes. Mais rien n’égale ceux de leurs esclaves nihilistes, égarés par troupeaux entiers au sein de nos « démocraties ».

Car pour Alain Bonnet de Soral et son comité « Égalisation-et-Réconcialité », le diagnostic est très exactement le même. Ainsi que pour les Indigènes de la République, les « nationaux-révolutionnaires » dhimmisés, Daniel Cohn-Bendit, Caroline Fourest, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélanchon, le Parti Communiste, la droite carlabruniste, François Bayrou, Edgar Morin, Bernard Kouchner, les Verts (dans tous les sens du terme), les altermondialistes, les Francs-Maçons trotskistes, le « Nouveau Centre », la « Nouvelle Droite » – autant dire la Très-Vieille-Gauche –, bref pour l’ensemble du champ politique français, à jamais circonscrit dans la mélasse laxative du jacobinisme.

Pourtant, c’est désormais toute l’Europe, la vraie, la seule, la nôtre, qui montre lumineusement la direction. De la Hollande au Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Autriche aux pays slaves, du Danemark à l’Italie, et désormais à la Suisse, la révolte des nations européennes prend l’allure d’une authentique guerre ouverte contre les institutions mortifères et liberticides du néo-communisme mondial et ses diverses succursales régionales.

Mais la France fait-elle partie de cette Europe ? En a-t-elle jamais fait partie ? Est-elle même prête à songer la rejoindre dans sa lutte pour sa survie civilisationnelle ?

Comme d’habitude, la République des Droits de l’Homme saura fort bien se dresser contre le Devoir d’être Libre, elle tentera d’abattre tous les autres peuples européens s’il le faut, afin de préserver ses intérêts financiers pétro-militaires arabiques, ses flux migratoires islamisés, et son asservissement à l’UE et à l’ONU.

La Suisse est donc le pays des derniers hommes libres. À tous égards, leur conception de la démocratie est bien plus proche de la notion d’un Nord-américain (d’origine européenne, faut-il le rappeler ?) que de celle d’un descendant des guillotineurs et des génocidaires de la République franc-maçonne. Authentique fédération « trinationale », la souveraineté populaire n’y est pas un vain mot, les entités territoriales y jouent un rôle décisif, analogue au Collège Électoral américain, et tout citoyen y est un soldat. Sans parler de sa liberté fiscale et de l’équivalent helvétique du second amendement qui singularise à jamais cette nation de toutes celles qui vivent sous la tutelle des agences de contrôle humanitaire de l’Union Européenne.

Elle est le pays des derniers hommes libres, on comprend mieux dès lors pourquoi cette nation d’esclaves qu’est la République Française a réagi avec un tel consensus à son initiative.

L’Hyperium des Nations Libres contre la GoGlob

Pendant que tous les tenanciers des bordels idéologiques de la République braillent à qui mieux mieux contre l’axe américano-sioniste, l’Histoire se fait, sous leurs yeux de larves myopes, sous leurs nez accommodés à leur propre pestilence, mais bien au-dessus de leurs anus féconds en théories politiques pour vers solitaires. Aux États-Unis et à Israël, il faut en effet ajouter les Cantons suisses qui ont voté contre l’invasion, une demi-douzaine de pays européens où la tension anti-islamique ne fait que s’intensifier chaque jour que Dieu fait, l’Inde, berceau de notre civilisation, la nation australienne, qui a déjà pris ses dispositions contre les adeptes de la sharia, tout comme le Canada, sans parler du peuple russe, qui ne s’en laisse pas conter et subit déjà les rétorsions des hérétiques de la Mecque, ou des « hérétiques » de ces derniers, en provenance de Téhéran.

La « France » de Dieudonné montre ainsi son véritable visage : une unanimité de fond, ontologique, définitive, et mortelle.

Cette nation de lopettes finira où elle se doit, là où les vrais Européens l’enterreront, sans fleurs ni couronnes, recouverte de ses propres cendres.

Cette Europe-Monde surgira de la destruction de ce qui se fait passer pour elle, ce simulacre onuzi dénommé Commission de Bruxelles et dont Paris est le principal bras séculier.

Elle recentrera le projet hégémonique et civilisateur que nous avons propagé depuis trois millénaires sans la moindre interruption, sinon celle des cinquante ou cent dernières années, converties à la panoplie intégrale des nihilismes, que la GoGlob se charge maintenant d’unifier à l’usage de toute l’humanité.

Zentropa : l’Europe historique enfin unie dans le respect de ses singularités et de sa différence. Westropa : l’axe trans-hémisphérique Amérique du Nord/Extrême-Occident austral. Ostropa : la Grande Russie orthodoxe, aux avant-postes depuis 10 siècles.

Cette Tri-Unité de la civilisation pan-européenne n’est rendue possible que par la guerre de cent ans qui vient de commencer. Elle n’est rendue possible que par la disjonction des civilisations (et non leur « choc », avis aux bouffons qui me prennent pour un thuriféraire de Huntington), j’oserais même dire qu’elle ne peut s’actualiser que parce que cette guerre apporte la démonstration qu’il n’y a qu’une seule civilisation à l’œuvre aujourd’hui, contre les pathologies mentales devenues « sociétés » ou « religions » et qui forment désormais la majorité démocratique de l’Assemblée Générale de la Gouvernance Globale.

Cette civilisation est née de la rencontre entre trois entités fondatrices : les nations celtes, la culture gréco-romaine, les confédérations germaniques.

Elle s’est ensuite divisée en trois branches distinctes du Christianisme, ce qui n’est un « hasard » que pour un républicain portant un nom à particule, mais c’est précisément de cette disjonction trinitaire que le projet de synthèse réunificatrice prend tout son sens. Cette guerre que les pousseurs de désert croient nous imposer est inscrite depuis longtemps dans le calendrier de l’Histoire.

Il faut prier, vraiment, pour que les Iraniens se dotent de leur bombinette atomique. Dès qu’ils la posséderont, ils comprendront ce que signifie faire partie du « club nucléaire » lorsque l’on dépend quasi-intégralement de ressources extérieures pour y parvenir.

Du jour au lendemain, des milliers d’ogives bien plus perfectionnées que les vôtres sont pointées sur votre pays, chacune de ses cités, la moindre de ses villes.

Et le temps que vous ayez à peu près atteint le niveau requis, la civilisation que vous vouliez menacer a déjà inventé l’arme d’après, celle qui renvoie tout votre uranium enrichi au niveau de la poudre noire.

Delenda Est U.N.O.

Nul besoin d’un « burst » solaire en 2012 pour venir détruire the world as we know it.

Nous allons fort bien nous en occuper nous-mêmes. Il est temps.

Il est temps, en effet, de refonder le projet civilisateur qui a guidé l’humanité pendant 3000 ans, et qui nous permet de concevoir la division irrémédiable qui est en train de s’opérer comme la plus grande chance de s’affranchir, au sens strict, de la dictature démocratique mondiale.

Désormais, la guerre pour la restauration de l’Homme Libre, c’est-à-dire historiquement souverain, va moins se livrer contre les adeptes de la Loi Coranique que contre les collaborateurs, et ils sont myriades, de cette entité post-nazie dénommée ONU.

Disons, pour être plus précis, que les deux batailles n’en forment qu’une seule, dès lors que l’on sait que la Conférence des Pays Islamiques et ses divers alliés tiers-mondistes, socialistes, « bolivaristes » et libéraux-démocrates, forment désormais un bloc majoritaire au sein de la GoGlob.

L’Hyperium des Nations Libres, cet anneau de souverainetés solidaires, n’émergera donc, comme toutes les civilisations fondatrices, qu’en tant que résultante d’un conflit nodal, désormais planétaire, voire extra-orbital, et où sa Constitution, organique comme écrite, ne pourra voir le jour qu’en tant qu’Acte de Séparation absolu avec l’État Supranational qui se met en place.

Le IVe Reich écolo-eugéniste/multiculturaliste/socialo-islamisé qui forme désormais l’Agence de Gestion du « Parc Humain » est le pire complot jamais ourdi contre l’homme au cours de toute son histoire, la plus ténébreuse obstruction à son devenir dont il ait eu à forcer le passage, lui et l’ensemble des formes de vie de cette planète. Les complices de ce totalitarisme démocratique sont des blocs de pays, des partis politiques officiels, des commissions des Droits de l’Homme, des juges, des dirigeants syndicaux, des organisations humanitaires « non gouvernementales », des institutions internationales, des « leaders d’opinion », des journalistes, des patrons de presse, des hommes d’affaires et des lobbyistes professionnels, de petits fonctionnaires d’État, de hauts administrateurs, des animateurs de télévision, des « artistes », comme aux bons vieux temps de toutes les collaborations.

Il est un outrage au Monde Créé. Il est l’entité démiurgique usurpatrice de ces crétins de gnostiques. Il est l’Ennemi.

Il doit être détruit.

By all means necessary.

Swiss slam

Par Christian Monnin

Ne vaticinez pas, vaticinent-ils,
qu’on ne vaticine pas ainsi !
Michée 2, 6

Les Suisses ont décidé que l’islamisation devait marquer un temps de minaret. Le 29 novembre 2009, ils ont entériné à 57,5 % l’inscription dans la constitution helvétique d’une interdiction de construire de nouveaux minarets. Le résultat « surprise » de la votation est un camouflet cinglant adressé aux élites du pays, qui avaient appelé à une mobilisation comparable à celle de 1939. Autant la campagne pré-référendaire a été peu ragoûtante, empilant amalgames sur raccourcis, autant la campagne post-référendaire est une campagne de vaticination à grande échelle, digne d’une pandémie de grippe ou plutôt de peste brune. Elle a donné lieu à un déculottage généralisé des bien-pensants. La « grande vidange collective des angoisses, des colères et des ressentiments » décriée par Le Temps aura éclaboussé tout le monde. Une configuration qui rappelle furieusement l’arrivée elle aussi « surprise » de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle française de 2002 et le référendum sur le projet de constitution européenne qui s’est tenu en France en 2004, avec son fameux plombier polonais (dont personne ne veut régulariser la situation, mais que tout le monde embauche…).

Au lendemain de la votation, intellectuels, hommes politiques et éditorialistes, tous ces gens bien intentionnés qui vivent d’amour et d’orfraie, ont laissé libre cours à leur dépit et à leur mépris, révélant enfin le fond de leur pensée. Ils digèrent très mal, en premier lieu, que les sondages aient menti, qui prédisaient un rejet de l’initiative à 53 %. L’instrument privilégié de contrôle des masses a été déjoué et ses principaux manipulateurs décèlent dans ce voile jeté sur les intentions de vote une stratégie fourbe ourdie pour des motifs inavouables. Ils refusent obstinément de comprendre ce que la psychologie sociale appelle la désirabilité sociale, c’est-à-dire que les gens répondent ce qu’on veut qu’ils disent : qui, hors de l’isoloir, ose dire qu’il n’est pas inconditionnellement en faveur d’une ouverture infinie ?

Après les admonestations donc, les remontrances, empreintes d’une condescendance qui montre l’ampleur du ressentiment jusque-là refoulé à grand-peine. « La peur et l’ignorance », titre l’éditorial du Temps le 30 novembre : « Les Suisses ont voté avec leurs tripes contre une disposition que leurs autorités et les élites politiques, économiques et religieuses leur demandaient à l’unisson de rejeter au nom de solides arguments rationnels. » Dès le lendemain, un autre éditorial enfonce le clou en fustigeant « l’excitation de passions primaires qui résident dans les individus ». Bref, il ne s’agirait là que d’une pendable patrie thérapie.

Dans le feu roulant quasi-planétaire de ces représailles, le sommet de l’ignominie a été atteint au Québec par l’éditorialiste du Devoir Serge Truffaut qui a fait à cette occasion la démonstration de son ouverture, en traitant la population suisse avec un dédain inouï. Pour ce misérable petit donneur de leçons, le vote du 29 novembre est une pure manifestation de racisme, qui exprime le « souhait de voir le musulman cantonné dans les bas-côtés de la société, (…) condamné à faire les travaux que les nationaux ne veulent plus faire depuis des lunes ». À sa décharge, pourtant débordante, reconnaissons que les Suisses ne veulent en effet plus construire de minarets, et ce depuis des croissants de lune. « Aujourd’hui, c’est le minaret, poursuit Serge Tout Faux, comme hier on interdisait que la hauteur de la synagogue dépasse celle de l’église et du temple. Quelle sera la prochaine mesure ? » « On veut – à défaut de pouvoir les expulser – les rayer symboliquement du pays », surenchérit quelques jours plus tard un de ses collègues. Pour ces experts de claques champions de l’amalgame c’est clair, les fours crématoires sont sur le point de se rallumer dans la plus ancienne démocratie du monde. Alors que, bon sang, le pays devrait ni plus ni moins se donner aux immigrants, à ces « gens qui se sont exilés en Suisse parce que les banques suisses financent la gabegie du monde ».

Après les remontrances sont vite venues les menaces. Dès le 1er décembre, rapporte complaisamment Le Temps, « la ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, change de ton : “ Chaque atteinte à la coexistence de différentes cultures et religions met aussi en danger notre sécurité ” (…). Ou formulé autrement: “ Si nous ne pouvons vivre ensemble harmonieusement, notre sécurité n’est plus garantie ” car “ la provocation risque d’appeler d’autres provocations, l’outrage d’attiser l’extrémisme ”. » Ne venez pas pleurnicher en cas d’attentat. Vous avez précipité les musulmans dans un saut à l’helvétique, ils vont vous revenir dans la figure avec une ceinture d’explosifs.

L’épouvantail d’un boycott économique a naturellement été agité. « Je crains les conséquences économiques », a lancé Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère fédérale en charge du département de Justice et Police, qui en oublie ses attributions pour parler d’économie. Et si les émirs reprenaient leurs sous ? Interrogé à ce sujet, un financier de Genève a répondu : « Je ne vois pas pourquoi la clientèle du Golfe retirerait ses avoirs de Suisse. Où mettraient-ils leurs fonds : à Dubaï ? » Alors que, précisément au même moment, le non renouvellement Dubaï se profile à l’horizon ? Faut pas charia ! C’est au sommet des banques que devraient être érigés des minarets… L’assez folklorique Oskar Freysinger, un des promoteurs de l’initiative, n’a pas tort lorsqu’il déclare au Figaro : « Alors il faudrait se coucher pour vivre en paix ? (…) Si les conséquences sont telles, c’est la preuve que ce que nous faisons pour nous défendre est légitime. »

Et puis, pour finir, le Shah est sorti du sac, la vraie valeur accordée à la démocratie par l’élite politique a fait irruption au grand jour. D’abord par la bouche oraculaire de Daniel Cohn-Bendit, toujours aux avant-postes et qui a encore lancé un pavé, cette fois dans la mare : « Une votation comme celle des minarets, qui cible une communauté en particulier, a-t-il déclaré au Temps, restera une tache noire sur la réputation de la Confédération. Pour l’effacer, les Suisses n’ont qu’une solution: se mobiliser et revoter. » Mais c’est bien sûr ! Il faut revoter, tout comme l’équipe de France devrait rejouer son match de qualification à la Coupe du monde, à cause de la main de Thierry Henry… Il faudra même rejouer autant de fois que nécessaire pour que sorte enfin le bon résultat, comme à la loterie, ou pour l’indépendance du Québec. Au besoin, on truquera les résultats : bel exemple du droit à loto-détermination des peuples. Le Petit Prince hadîth : puisque c’est ainsi, nous reviendrons lundi. Pour vous serrer la vis. Car la démocratie se distingue de la dictature en ceci que la population y est à la vote du pouvoir, qui la mène d’une main d’affaires : elle doit se contenter de vivoter docilement en ne faisant que du vague.

À Genève, le maire Rémy Pagani (du parti « À gauche toute ! ») a été, lui, d’une absolue clarté : il a appelé à l’annulation pure et simple de l’interdiction des minarets, estimant qu’il s’agit là de « la seule mesure acceptable ». Pendant ce temps, rapportait l’Agence France-Presse, « à Lausanne, les manifestants ont marché du parvis de la cathédrale à la mosquée en scandant “non à l’exclusion”, “non à la discrimination”, “pour une Suisse solidaire” ou encore “nous sommes tous des musulmans” »… Quel chariabia !

Je vis loin de mon pays natal depuis fort longtemps, mais je puis témoigner de la très grande surprise qui fut la mienne, lors de mon dernier séjour, devant l’agacement, voire l’exaspération, de plusieurs de mes meilleurs amis, peu suspects de sympathie pour les idées prônées par l’UDC, le parti populiste qui a lancé et soutenu l’initiative : problèmes de délinquance, instrumentalisation des programmes de sécurité sociale, affaissement de la qualité de l’éducation, attribué en premier lieu au nombre jugé excessif d’élèves d’autres cultures et d’autres langues, etc.

Le journal 24 Heures annonce dans son édition du 2 décembre 2009 que la gare d’Yverdon-les-Bains, ma ville d’origine, sera équipée en 2010 de neuf caméras de surveillance. Il y a 20 ans, lorsque j’allais quotidiennement y prendre le train pour me rendre à l’université de Lausanne, rares étaient ceux qui prenaient la peine d’y attacher leur vélo… Cette ville de 30 000 habitants est paraît-il devenue une plaque tournante du trafic de drogue. Ce n’est certes pas la Seine-Saint-Denis, mais la Suisse a bien changé.

Mon éloignement m’a préservé des relents les plus fétides de la campagne en faveur de l’interdiction pour me permettre d’en considérer l’issue avec un peu de calme. Peu importe qui a voté et pour quelles raisons car, comme dit Nicolás Gómez Dávila, « seul est intelligent celui qui ne craint pas d’être d’accord avec des sots ». C’est exactement ce qu’affirme au Temps Huseyin Enhas, Turc alevi (donc musulman) arrivé en Suisse en 1982 et naturalisé : « Comme la très grande majorité des Alevis, les minarets et les burqas m’indisposent. Je soutiens donc l’initiative. Comment je réagis quand on m’accuse de faire le lit des initiants qui en profitent pour faire des amalgames sur l’islam ? Je réponds: ce n’est pas parce que la pluie ramène la boue qu’il faut être contre la pluie. »

Sur le fond, les Suisses n’ont génocidé personne, n’en déplaise aux méditorialistes du Devoir, ils n’ont pas expulsé qui que ce soit, ils n’ont pas même limité la liberté religieuse des musulmans qui jouissent toujours du droit de prier dans des mosquées, le vendredi ou quand bon leur semble. Les bonnes âmes errantes devraient peut-être commencer par adresser les moulinets de leurs petits bras à des contrées où la liberté religieuse est réellement mise à mal, par exemple à tous les pays musulmans, l’« européenne » Turquie en tête, elle qui a poussé les plus hauts cris. Des urnes helvètes est seulement sorti un message fort, dont ses détracteurs outrés ont beau jeu d’affirmer qu’il ne répond à aucune menace réelle. Pensez-vous ! Il n’y a que quatre minarets en Suisse ! Au total, les musulmans sont environ 400 000, soit à peine plus de 5 % de la population. En outre, ce ne sont pas, pour la grande majorité, de méchants barbus, mais de paisibles moustachus, turcs et surtout kosovars (il en est arrivé près de 200 000 depuis 1990).

La première réaction des élites bien-pensantes est toujours de nier les fondements des inquiétudes de la population : « Vous ne devez pas avoir peur. Vous n’en avez pas le droit. » Au Québec, c’est ce que le petit prof Gérard Bouchard ne cessait de répéter sur tous les tons lors des audiences de la commission (comme dans « faire sa petite commission ») sur les « accommodements raisonnables » qui porte son nom. Or justement, la Suisse est loin d’être irréprochable, mais elle n’est visiblement pas encore dévastée par l’angélisme donneur de leçon qui aura (si ce n’est déjà fait) raison du Québec, arasé par ladite commission ou par l’inquisition de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. C’est également le sort kirpan au nez du Canada. La Suisse, elle, n’a pas attendu qu’affluent les demandes d’accotements raisonnables entre minarets et clochers pour tracer la ligne jaune.

Qu'est-ce que la liberté religieuse ?

Par Édouard Divry o.p.

Le Roi, comme on l’appelle en Suisse, a réagi par une initiative populaire et a bloqué le projet d’un droit permissif de construire des minarets dans ce pays. Était-ce pour des raisons esthétiques ou plus profondes ? Certains ont parlé, par rapport à ce succès, d’intolérance – par exemple Bernard Kouchner et Kamel Kebtane (1) !

Mais, à la base, la notion de tolérance qui permet de comprendre son contraire, l’intolérance, est mal comprise. Le tolérant est celui qui accepte un mal qu’il peut réfréner en vue d’un bien supérieur. Le minaret devient un mal plénier quand s’exerce la raison de sa finalité : le chant régulier du muezzin, cinq fois par jour au minimum (davantage au Moyen-Orient). Il ne faut pas être naïf : « Tout agent agit en fonction d’une fin » (saint Thomas d’Aquin). Un jour le minaret, demain le muezzin, après le Coran. La mosquée loin d’être comparable à une église ou une synagogue tend par nature à être un lieu politico-religieux. Dans cette revendication d’origine islamiste, il n’y a pas de bien supérieur à espérer, ni du point de vue de la vraie religion (cf. Vatican II, Dignitatis humanae, n°1, §2), ni du point de vue du bien commun forgé par des siècles de tradition judéo-chrétienne (culture et droit) laquelle ne peut accepter qu’on chante n’importe quoi publiquement, ce qui risque d’être possible du haut des minarets, à travers telle sourate comme celle déclarant l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, ou l’appel à la guerre sainte djihadique.

Les religions n’ont pas la même valeur aux yeux de la foi catholique. « [...] l’unique vraie religion subsiste dans l’Église catholique », enseigne Vatican II. À côté, existent des religions plus ou moins déficientes vis-à-vis de la vérité ou défectueuses vis-à-vis de la morale mais qui participent de cette religion unique, et sont orientées tendanciellement à celle-ci en raison des « éléments de vérité et de bonté » (cf. en analogie avec LG, n°8) que ces autres religions contiennent. Mais il existe aussi des sectes ou de fausses religions (sorcellerie, magie, ésotérisme, occultisme, etc.) qui ne peuvent jamais être mises sur le même plan que ces religions simplement déficientes. Au titre de commun dénominateur universel, il faut ajouter que tout homme est en situation défectueuse par rapport à la religion véritable en acte qu’il appartienne de corps à l’Église ou aux religions déficientes. Cette assertion fonde le devoir d’humilité de chacun dans les rencontres interreligieuses.

La liberté religieuse, en tant que droit-exigence, relevant des droits fondamentaux (les Droits de l’Homme étant intégrés à ceux-ci), est déjà pleinement respectée par les mosquées sans minaret (salles de prière, ou musalla ou jamat khana) qui offrent la possibilité aux musulmans de se réunir librement pour prier. La liberté religieuse consiste en fait à ne pas être contraint ou à ne pas être empêché, dans de justes limites (celles du bien commun), à pratiquer une religion (cf. Vatican II, DH, n°2). Même s’il faut en tenir compte, le bien commun n’est pas qu’esthétique, il intègre la culture et donc le culte du plus grand nombre.

Il convient donc de ne pas céder plus qu’il ne faut par une compassion sine veritate, par un droit permissif décalé par rapport à la vox populi, alors qu’on n’a pas commencé à mettre en œuvre le juste et sain principe de réciprocité : aux populations chrétiennes minoritaires qu’on accorde donc la construction d’églises (peut-être sans les clochers, ni les cloches là où cela nuirait aux habitudes ancestrales) en Arabie et ailleurs dans le monde musulman !

(1) « Il s’agit d’un vote d’intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion », a fait savoir dans un communiqué Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s’est pour sa part déclaré « un peu scandalisé » par le vote qui est selon lui « une expression d’intolérance ». « Je suis un peu scandalisé par cette décision » qui « est négative pour ce qui concerne les inquiétudes même des Suisses parce que si on ne peut pas construire de minarets cela veut dire qu’on opprime une religion », a déclaré le ministre sur RTL. « J’espère que les Suisses reviendront sur cette décision assez vite », a-t-il ajouté.